La roche et le faucon

Vendredi, matinée mitigée. Le vent est froid. Le soleil perce timidement la couche nuageuse. C’est l’heure de mon “entraînement” vélo. Depuis mardi, je suis passé d’un cadre acier de 34 ans d’âge (11,5 kg) à un tout carbone de 8 kgs. Les sensations transitives sont semblables à celles d’une Porsche lorsque vous venez de délaisser votre diesel quotidien. Impressionnant! Encore faut-il le carburant pour faire virevolter la Porsche à dérailleur.

Après 60 kms, j’arrive au pied de La Redoute. Nous sommes à 48 heures de Liège-Bastogne-Liège et les mobilhomes commencent à s’installer. Les supporters sont déjà là. Il y a déjà un parfum de course. Les photographes mesurent une ènième fois la lumière car les équipes pro ne vont plus tarder pour leur dernière reconnaissance. Moi, je ne m’attarde pas. Et je fais bien car ils me rattrappent à Louvegnée. Surprise d’abord. Sentiment d’un plaisir exclusif, ensuite. Je roule en peloton pour la première fois de ma vie avec des coureurs professionnels. Une dizaine de kilomètres de pur bonheur. Mais une dizaine seulement!

75 kms au compteur, nous voici au pied de LA nouveauté de dimanche, la côte de la Roche-aux-Faucons. De là haut, on voit toute la vallée de l’Ourthe, et au sommet des rochers, les faucons surveillent leur proie. Les pros repassent le 39 et se lèvent de selle. Un premier mur, pas trop sélectif. Je m’accroche. Un palier pour récupérer et c’est reparti avec trois “escaliers” qui vont faire des dégâts dimanche. Le haut de mes cuisses se tétanise.  Les pro deviennent de plus en plus petits. Ils m’échappent et je me dis “comment vont-ils pouvoir escalader cela dimanche après plus de 200 kms?”.

La première partie de la côte est avalée, suivie d’une descente rapide pour digérer, enfin presque. Et voici que se présente déjà le deuxième volet de la Roche-aux-Faucons. Une bosse courte suivie d’un faux-plat et puis LA dernière côte qui n’a l’air de rien, mais qui fait très mal. Un coureur AG2R me dépasse. Sympa, il me regarde et m’encourage “Allez, vas-y!”. Je suis scotché comme une roche. Il s’envole comme un faucon.

Peut-être qu’en suivant leur entraiînement depuis tant d’années, j’y arriverais. Peut-être pas. En attendant, comme l’a écrit Laurent Bruwier, c’est tentant de prendre “ce qu’il faut” pour mieux avaler ce terrible final. Tentant, mais tellement déshonorant. Le sportif ne s’accomplit vraiment que lorsque c’est lui, et lui seul, qui tutoie les sommets. Pour les autres, ce n’est que goût amer et regrets. Reste l’argent, les primes, la pression des partenaires, … ça, moi, je ne connais pas. Et j’en suis ravi!

5 réponses

  1. excellent article …

    j’imagine que ca devait pas etre facile …

    bravo à Gerard pour cet article qui nous montre peut-etre et malheureusement la vérité de ce sport (que j’adore).

    charlou

  2. Pauvre Gérald va, ferait bien d’aller en Jordanie suivre le WRC, il fait ça très bien.

  3. très belle description de la côte de la roche aux faucons !!

    c’est tout à fait cela !

    la dernière partie paraît certes facile mais c’est celle qui fait le plus de dégats.

    vivement de voir les pros se batailler ferme dans cette côte.

  4. Peut être que si tu passes d’une Porsche à une Mazerati ca irait mieux !!!

  5. Bravo, tres juste comme description de cette cote. moi aussi je suis aller voir le debut de cette cote vendredi mais j etais sur 4 roues avec un moteur. J etais en camion. je pense que j allais moin vite que les coureurs, hihi. J etais dans le mur de Huy Mercredi et je me rejouis d etre ce dimanche apres midi dans cette cote. J ai vu mercredi une chose qu on ne vois pas souvent dans les autres sport. Le publique encourage les coureurs du premier au dernier, rien que pour ca ce sport vaux le deplacement!!!

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